Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l'Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.
Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angleterre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France !
Victor Hugo, discours du 21 août 1849.
L'Europe a besoin d'une nouvelle force politique qui se consacre à la promotion de l'intégration européenne. Cette force, c'est la nôtre. Nous devons être déterminés à nous battre pour que des solutions européennes l'emportent lors des prochaines grandes batailles politiques. Nous devons pour cela porter le débat européen au sein de nos sociétés et travailler avec constance à cet objectif, tant au niveau européen que national, régional et local.
La vision démocrate d'une Europe prospère et pacifique est un projet commun fondé sur des valeurs communes. Nous ne voulons plus d'une Europe qui serait le résultat d'un plus petit dénominateur commun mais nous avons besoin d'une Europe fondée sur la certitude d'une histoire partagée et la volonté de vivre ensemble notre avenir politique, sur le chemin d'une intégration plus étroite de l'Europe, point d'ancrage de la stabilité de notre continent.
Nous pensons que des institutions plus efficaces et plus démocratiques sont indispensables pour améliorer le fonctionnement de l'Union européenne et permettre ainsi une véritable Union politique. Les citoyens doivent être au cœur de l'ensemble des politiques européennes. Nous voulons une Europe des peuples et pas seulement des États, afin que puisse s'accroître le sentiment d'appartenance à une même communauté.
Cette Europe des peuples ne peut se faire uniquement avec des traités internationaux. Nous avons besoin de créer du lien, au moyen de symboles partagés dans lesquels se retouvent tous les Européens. Nous avons également besoin d'un texte de référence clair (constitution ou autre) lisible, rédigé par un processus démocratique impliquant les citoyens de manière directe ou indirecte (Convention ou Assemblée constituante) et adoptée selon une méthode transparente et ouverte (fin de l'unanimité, double majorité d'États et de citoyens, référendum pan-européen). Les votes à la majorité qualifiée doivent devenir la règle et non plus l’exception dans le processus de décision de l’Union européenne.
L'Europe représente un formidable enjeu politique, économique et social sur lequel les citoyens et les décideurs politiques doivent focaliser leur attention. Mais parce qu'elle fonctionne sur le mode intergouvernemental, caractérisé par la procédure de vote à l'unanimité entre des chefs d'États européens conduits par des intérêts essentiellement nationaux, elle est encore incapable de décider d’une manière véritablement démocratique, et incapable d'agir dans bien des domaines, notamment la politique étrangère. Pourtant, sans une Europe efficace, les Européens ne peuvent pas affronter la plupart de leurs problèmes contemporains communs.
Nous sommes convaincus que l'organisation fédérale est le meilleur système pour garantir à la fois l'efficacité de l'union et sa capacité à parler d'une seule voix sur la scène internationale (contrairement à une simple organisation interétatique) et le respect des diversités culturelles et linguistiques des peuples qui la composent (contrairement à un super-État unitaire et centralisé). En effet, dans un système fédéral, le pouvoir politique est séparé entre différents échelons en fonction de la taille la plus adaptée, au lieu d'être concentrés à un seul niveau. À chaque niveau correspondent des compétences juridiquement définies, dans les domaines où l’action politique est la plus proche du citoyen tout en étant la plus efficace.
Aujourd'hui l'Europe s'occupe parfois trop de certains détails comme la réglementation des camemberts, et vraiment pas assez de l'essentiel comme parler d'une seule voix sur la scène internationale. Pour peser dans le monde d'aujourd'hui, l'Europe doit développer une politique de défense et de sécurité commune, notamment en redéfinissant l'alliance atlantique afin que l'indispensable relation transatlantique repose sur deux piliers égaux, un pilier américain, et un pilier européen.
Il nous sera impossible de construire l'Europe que nous voulons sans partis politiques à la mesure de l'enjeu. Les programmes politiques présentés aux élections européennes doivent être à dimension européenne, les listes doivent cesser d'être constituées selon des logiques nationales (les députés représentent tous les citoyens européens) et le président de la Commission doit être issu du parti vainqueur des élections.
L'intérêt des citoyens pour les enjeux européens ne pourra se développer que si le débat politique est aussi porté au niveau européen.
En conséquence, le parti démocrate européen, fondé en 2004 par François Bayrou et Francesco Rutelli, ne doit pas se contenter d'être une simple structure de collaboration entre partis nationaux voisins. Il est actuellement en sommeil alors qu’il doit au contraire être relancé avec tous les partis européens qui seront prêts à partager une vision commune. Il a vocation à devenir un véritable parti politique à l'échelle de l'Europe, capable de mener une campagne électorale unique dans toute l'Europe, sous la direction d'un leader commun qui sera le candidat démocrate à la présidence de la Commission.